Racheter une officine via une SPFPL : le montage chiffré
Pour rembourser 100 € d’emprunt, l’officine doit gagner 135 € si les parts sont logées dans une SPFPL, et plus de 194 € si vous les détenez en direct. Sur douze ans, l’écart se compte en centaines de milliers d’euros.
Charles Moreau, Évolution Patrimoine. Article illustré par un cas pratique fictif.
Camille, 36 ans, pharmacienne adjointe. Elle rachète 100 % des parts d’une SEL d’officine pour 1 600 000 €. Apport : 250 000 €. Emprunt : 1 350 000 € sur 12 ans.
Avec un taux de 3,8 % retenu pour l’exemple (hors assurance), l’annuité atteint 140 268 €, soit 11 689 € par mois.
Le profil n’a rien d’exceptionnel. Selon l’étude Interfimo publiée en 2026 sur les cessions de 2025, l’emprunt moyen d’une première installation atteint 1 363 000 €, les officines de plus de 400 000 € de marge se vendent en moyenne 7,4 fois leur excédent brut d’exploitation retraité, et le primo-accédant a 35 ans en moyenne.
Le montage en une image
La société de participations financières de profession libérale (SPFPL) est une holding réservée aux professionnels en exercice. Tout son intérêt tient à la fiscalité des dividendes qui remontent de l’officine.
Pourquoi la holding change tout
- Régime mère-fille (détention d’au moins 5 %) : 95 % des dividendes reçus par la SPFPL sont exonérés d’impôt sur les sociétés. Seule une quote-part de 5 % est taxée.
- Intégration fiscale (détention d’au moins 95 %) : les résultats de la SEL et de la SPFPL s’additionnent. Les intérêts de l’emprunt viennent alors réduire le bénéfice imposable de l’officine.
- En direct : le dividende arrive dans votre patrimoine personnel. Il supporte l’impôt sur les sociétés, puis le prélèvement forfaitaire de 31,4 % au mieux, avant de pouvoir rembourser un euro de capital.
Écart entre la holding intégrée et la détention directe : plus de 100 000 € de bénéfice à dégager chaque année. Peu d’officines absorbent cet écart sans que la titulaire réduise sa propre rémunération.
Le point que beaucoup de plans de financement ignorent
L’arrêt du 19 octobre 2023. La Cour de cassation a jugé que les dividendes versés par une SEL à sa SPFPL pouvaient entrer dans l’assiette des cotisations sociales de l’associé exerçant, pour la part qui dépasse 10 % du capital (Cass. 2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366). La portée de cette décision reste débattue. Un plan de financement sérieux se chiffre dans les deux hypothèses, avec une marge de sécurité.
Autres points à verrouiller avant de signer :
- Votre rémunération de titulaire : elle sort avant les dividendes. Trop basse, elle fragilise votre foyer et vos droits retraite à la CAVP.
- Les garanties : caution personnelle, nantissement des parts, assurance emprunteur. Elles pèsent sur votre patrimoine privé.
- La prévoyance : un arrêt de travail de la titulaire, et c’est le remboursement de la SPFPL qui vacille.
- La sortie : dans quinze ou vingt ans, la cession des parts de la SPFPL ou de la SEL n’aura pas la même fiscalité. Elle se prépare dès le montage.
Par où commencer
Un rachat d’officine mobilise votre expert-comptable, votre avocat et votre banquier. Mon rôle : le volet patrimonial. Votre apport, votre rémunération cible, votre prévoyance, vos garanties personnelles et l’articulation avec votre épargne privée. Au premier échange, nous posons votre projet à plat et je vous dis ce qui tient, et ce qui doit être renforcé avant le rendez-vous bancaire.
Information générale, qui ne constitue pas un conseil personnalisé. Cas pratique fictif, chiffres arrondis, taux d’emprunt retenu à titre d’hypothèse, règles en vigueur au 29 octobre 2026. Source des données de marché : Interfimo, prix des pharmacies en 2025 (étude 2026). À lire aussi : pharmacien adjoint, construire son apport et préparer la cession de son officine.

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