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Médecin en SELARL : rémunération ou dividendes, l’arbitrage chiffré

Passer en société pour « se payer en dividendes » est la promesse la plus répandue, et la plus souvent fausse pour un médecin. Le vrai levier est ailleurs : ce que vous laissez dans la société.

Charles Moreau, Évolution Patrimoine. Article illustré par un cas pratique fictif.

Professionnelle de santé travaillant sur ses documents et son ordinateur
Le cas qui sert de fil rouge

Dr Thomas R., 48 ans, anesthésiste-réanimateur. SELARL unipersonnelle au capital de 5 000 €. Bénéfice avant rémunération : 260 000 €. Train de vie du foyer : 9 000 € nets par mois.

Son projet : se verser une petite rémunération et sortir le reste en dividendes, « moins taxés ».

La règle des 10 % change toute l’équation

Dans une société d’exercice libéral (SEL), les dividendes perçus par un associé exerçant, travailleur non salarié, ne profitent du prélèvement forfaitaire que jusqu’à 10 % du capital social, des primes d’émission et du solde moyen du compte courant d’associé. Au-delà, ils entrent dans l’assiette des cotisations sociales, comme une rémunération (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale).

Pour Thomas, 10 % de 5 000 € = 500 €. Sur 40 000 € de dividendes :

Soumis au prélèvement forfaitaire (sous le seuil)500 €
Soumis aux cotisations sociales TNS, puis à l’impôt39 500 €
Capital de 5 000 €, compte courant d’associé nul. 98,75 % du dividende supporte les cotisations sociales en plus de l’impôt sur les sociétés déjà payé.

Le dividende « moins taxé » subit donc l’impôt sur les sociétés, puis les cotisations sociales, puis l’impôt sur le revenu. Sans ouvrir de plafond d’épargne retraite.

Ce qu’il reste de 10 000 € de bénéfice

L’impôt sur les sociétés est de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice (sous conditions, notamment de détention du capital par des personnes physiques), puis de 25 %. Depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique sur les dividendes est de 31,4 % (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux).

Laissés dans la SELARL, IS à 15 %8 500 €
Laissés dans la SELARL, IS à 25 %7 500 €
Distribués en dividende sous le seuil de 10 % (IS 25 % puis PFU 31,4 %)5 145 €
Montants disponibles pour 10 000 € de bénéfice. Le dividende au-delà du seuil de 10 % n’est pas représenté : il dépend de vos cotisations et de votre taux d’imposition, et laisse en général moins qu’une rémunération.

Le constat est net : l’argent qui reste dans la société travaille avec 75 à 85 % de sa valeur. Sorti en dividende, il en perd près de la moitié, au mieux.

Les trois tuyaux, comparés

RémunérationDividende sous le seuilBénéfice mis en réserve
Pour la SELARLCharge déductiblePayé après ISTaxé à l’IS (15 % puis 25 %)
Pour vousCotisations sociales et impôt au barèmePFU de 31,4 %, ou barème sur optionRien tant qu’il reste dans la société
Retraite et prévoyanceOuvre des droits CARMFAucun droitAucun droit
Plafond d’épargne retraite (PER)OuiNonNon
Usage idéalFinancer votre train de vieMontant limité, calibré sur le seuilInvestir à long terme

La stratégie qui tient la route

  1. Une rémunération calée sur vos besoins réels, pas sur un dogme. Pour Thomas, 9 000 € nets par mois, plus de quoi alimenter un PER dans son plafond.
  2. Le surplus reste dans la SELARL, taxé à 15 ou 25 %, et s’investit selon un horizon défini : trésorerie de sécurité, placements de trésorerie, immobilier professionnel. Les placements d’une société d’exercice obéissent à des règles propres (objet social, fiscalité des produits) : ils se construisent avec votre expert-comptable.
  3. Le dividende n’intervient qu’en complément, dans la limite du seuil. Un compte courant d’associé alimenté par des sommes réellement apportées relève ce seuil.

Et la holding ? Faire remonter les dividendes dans une société de participations financières de profession libérale (SPFPL) ne règle pas tout. La Cour de cassation a jugé que les dividendes versés par une SEL à sa SPFPL pouvaient entrer dans l’assiette des cotisations de l’associé exerçant (Cass. 2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366). La portée de cette décision reste débattue : tout montage se chiffre avec et sans ce risque.

Par où commencer

Trois chiffres suffisent pour savoir si votre répartition est la bonne : vos besoins nets mensuels, votre bénéfice avant rémunération et la base de votre seuil de 10 % (capital, primes, compte courant). Au premier échange, je pose ces trois chiffres avec vous et je vous montre ce que vous gardez réellement selon chaque scénario. Le calcul définitif des cotisations se valide ensuite avec votre expert-comptable.

Information générale, qui ne constitue pas un conseil personnalisé. Cas pratique fictif, chiffres arrondis, règles en vigueur au 29 octobre 2026. Les calculs supposent une SELARL soumise à l’impôt sur les sociétés et un associé exerçant relevant du régime des travailleurs non salariés. À lire aussi : médecin libéral en arrêt de travail et ingénierie patrimoniale.

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